Le Bien-être Comme Fil Conducteur De Nos Vies

Publié le 1 février 2026 à 14:19

Le bien-être : et si on arrêtait enfin de le reléguer au second plan ?

Nous vivons dans une société où l’on parle de plus en plus de bien-être et de santé mentale. Ces mots sont devenus omniprésents : dans les entreprises, dans les institutions, dans les médias, dans les discours politiques. On crée des cellules bien-être, on multiplie les actions de prévention, on affiche une volonté collective de mieux prendre soin de l’humain.

Et pourtant, sur le terrain, une question persiste : comprend-on réellement ce que signifie prendre soin de sa santé mentale ?

Car derrière ces discours, la réalité vécue par de nombreuses personnes est bien plus nuancée, parfois même en totale contradiction avec cette injonction au bien-être.


Le bien-être comme équilibre global, et non comme performance

Le bien-être n’est pas un état figé, ni une performance à atteindre. Il ne se résume pas à « aller bien » ou à afficher une image positive de soi. Il s’inscrit dans un équilibre dynamique entre différentes sphères de vie, qui interagissent en permanence les unes avec les autres.

La sphère professionnelle, la vie privée, la relation de couple, la famille, la vie sociale, les amitiés, la situation financière, la santé physique et mentale : toutes ces dimensions sont intimement liées. Lorsqu’une seule de ces sphères vacille, c’est souvent tout l’équilibre qui se fragilise.

Dans ma pratique clinique, un constat revient sans cesse : chaque patient présente au moins une sphère de vie impactée, parfois négligée depuis longtemps. Et bien souvent, cette négligence n’est pas un choix, mais une conséquence directe des contraintes de la vie.


Quand la sphère financière écrase toutes les autres

Parmi toutes ces sphères, l’aspect financier prend très souvent une place prépondérante. Non pas parce qu’il serait plus important que les autres, mais parce qu’il conditionne l’accès à presque tout : le logement, la nourriture, la mobilité, la sécurité.

Beaucoup de personnes se retrouvent alors face à un dilemme silencieux : prendre soin de leur santé mentale ou assurer leur survie matérielle. Et dans cette balance, le bien-être psychologique passe trop souvent en dernier.

C’est une réalité que j’observe quotidiennement : des patients qui continuent à travailler malgré un épuisement profond, malgré des symptômes anxieux ou dépressifs, parfois sévères. Non pas par déni, mais parce qu’ils estiment ne pas avoir d’autre choix.

Cette réalité m’a amenée à une réflexion essentielle : comment parler de bien-être si celui-ci devient un luxe ? Comment encourager la prise en charge psychologique lorsque celle-ci est perçue comme inaccessible, tant financièrement que symboliquement ?


Le psychologue comme dernier recours : une vision encore trop répandue

C’est souvent dans ce contexte que les patients arrivent en consultation. Après des mois, parfois des années de souffrance. Après avoir « tout essayé ».

Le psychologue devient alors le dernier recours, celui que l’on consulte quand plus rien ne fonctionne. Comme si demander une aide psychologique signifiait avoir échoué. Comme si reconnaître sa souffrance était un aveu de faiblesse.

Pourtant, les recherches scientifiques montrent clairement que plus une prise en charge est précoce, plus elle est efficace, notamment dans la prévention de la chronicisation des troubles anxieux, dépressifs et de l’épuisement professionnel (Cuijpers et al., 2014).

Cette représentation du psychologue comme ultime option en dit long sur notre rapport collectif à la santé mentale. Nous la reconnaissons comme importante, mais nous continuons à la traiter comme secondaire.


Burnout, dépression et épuisement : une souffrance encore mal comprise

Cette contradiction est particulièrement visible lorsqu’il est question de burnout. Sujet sensible, parfois controversé, souvent mal compris.

Le burnout, l’épuisement professionnel et la dépression partagent des frontières poreuses. Ils peuvent coexister, se nourrir mutuellement, évoluer dans le silence. Pourtant, ils sont encore trop souvent minimisés, suspectés ou banalisés.

Certaines personnes continuent à fonctionner malgré un effondrement intérieur. Elles portent un masque social, tiennent leur rôle, répondent aux attentes. Ce fonctionnement, s’il permet de tenir à court terme, a un coût psychique immense.

La recherche souligne pourtant clairement l’impact du burnout sur la santé mentale et physique, ainsi que ses conséquences à long terme lorsqu’il n’est pas pris en charge (Maslach & Leiter, 2016).


Le regard des autres : quand le jugement aggrave la souffrance

À cette souffrance invisible s’ajoute souvent le regard des autres. Lorsqu’une personne ne va pas bien, elle est parfois perçue comme négative, compliquée, voire dérangeante.

On s’arrête à un comportement, à une attitude, sans chercher à comprendre ce qui se joue en arrière-plan. Et si cette personne était dépressive ? Et si elle était simplement épuisée ? Et si elle n’avait plus l’énergie de faire semblant ?

Le manque d’empathie et la peur de la vulnérabilité renforcent l’isolement. Or, le soutien social constitue l’un des principaux facteurs de protection en santé mentale (Thoits, 2011).

Ainsi, plus une personne souffre, plus elle risque d’être mise à distance. Un paradoxe cruel, mais malheureusement fréquent.


Transparence et sincérité : un chemin vers soi

Dans ce contexte, le bien-être passe aussi par un travail intérieur : celui de la sincérité envers soi-même. Reconnaître que l’on ne va pas bien. Accepter ses limites. Nommer ses fragilités.

Nous vivons dans une société qui valorise la performance, l’adaptation permanente et le contrôle. Pourtant, personne ne peut être heureux tout le temps. Personne ne peut être fort en permanence.

Avoir des failles, des moments de doute, des périodes de vulnérabilité ne fait pas de nous de mauvaises personnes. Cela fait de nous des êtres humains.

Apprendre à poser ses limites, à dire ce que l’on accepte et ce que l’on n’accepte plus, est un pilier fondamental de l’équilibre psychique (Brown, 2018).


Se choisir pour pouvoir exister pleinement

Se choisir ne signifie pas être égoïste. Se choisir, c’est se respecter. C’est reconnaître que l’on ne peut pas être en accord avec les autres si l’on est en conflit permanent avec soi-même.

Prendre du recul, parfois s’éloigner du bruit social, familial ou professionnel, permet de se redéfinir. De faire le point. De décider consciemment de ce que l’on souhaite continuer à accepter, et de ce que l’on ne peut plus porter.

Car une réalité demeure, souvent inconfortable, mais essentielle :

La seule et unique personne avec qui nous sommes de notre naissance jusqu’à notre mort, c’est nous-mêmes.

Alors comment affronter le monde si l’on n’est pas en paix avec soi ? Comment être présent pour les autres si l’on s’abandonne soi-même ?


Le psychologue : un espace de liberté, pas une faiblesse

Consulter un psychologue ne devrait pas être un aveu d’échec. Cela devrait être un espace de liberté, un lieu neutre et bienveillant où déposer ce qui pèse, sans crainte d’être jugé.

La thérapie est un processus collaboratif. Patient et psychologue avancent ensemble, chacun acteur du cheminement, dans une co-construction respectueuse et engagée (Norcross & Wampold, 2011).

Parfois, il ne s’agit pas de trouver des solutions immédiates. Parfois, il s’agit simplement de ralentir, de comprendre, de remettre du sens là où tout semble confus.

Prendre soin de sa santé mentale, ce n’est pas attendre d’aller mal. C’est s’autoriser à prendre soin de soi, avant que le corps et l’esprit ne crient trop fort.


Références bibliographiques (normes APA)

Brown, B. (2018). Dare to Lead. Random House.

Cuijpers, P., Beekman, A. T. F., & Reynolds, C. F. (2014). Preventing depression: A global priority. JAMA, 312(16), 1645–1646. https://doi.org/10.1001/jama.2014.13534

Maslach, C., & Leiter, M. P. (2016). Understanding the burnout experience: Recent research and its implications for psychiatry. World Psychiatry, 15(2), 103–111. https://doi.org/10.1002/wps.20311

Norcross, J. C., & Wampold, B. E. (2011). Evidence-based therapy relationships. Psychotherapy, 48(1), 98–102.

Thoits, P. A. (2011). Mechanisms linking social ties and support to physical and mental health. Journal of Health and Social Behavior, 52(2), 145–161.


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